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Jean Prieur (1914-2016)

Jean Prieur (1914-2016)

Jean Prieur a étudié les doctrines ésotériques et les phénomènes paranormaux à la fois en tant qu'historien et philosophe.


Correspondance

Publié par Jean Prieur sur 6 Mai 2008, 13:43pm

Catégories : #Textes récents

Cergy Saint-Sylvère le 22 mars 2008

 

Chère Madame Plainguier,

Je vous retourne votre excellent travail de saisie sur ordinateur, je l’ai complété et enrichi. On ne saurait être trop explicite.

Il sera diffusé sur mon site internet que gère avec talent Yann-Erick Pailleret, chargé par moi de s'occuper de mon œuvre.

A travers cette lettre, je m’adresse aussi à tous les amis qui m’ont écrit ces semaines dernières pour prendre de mes nouvelles. Elles sont bonnes en principe, tant sur le plan physique que sur le plan spirituel et mental qui était le plus menacé, étant donné les cauchemars qui m’ont assailli pendant et aussitôt après l’opération de la jambe gauche qui eut lieu à l’hôpital Cochin, le 30 juin 2006.

Loin de faire une N.D.E. glorieuse comme il est de mode aujourd’hui, j’ai vu des choses hideuses et inquiétantes, les murs de ma chambre avaient disparu, un vent glacial s’engouffrait dans la pièce vide et noire. J’ai vraiment cru que le monde avait tout entier basculé dans le mal absolu et que Dieu s’en était retiré.

Je L’ai alors appelé impérieusement du fond de mon abîme, et au réveil, j’ai fait une remontée énergique à travers les tuyaux de toutes sortes qui me maintenaient en vie. Au réveil, j’ai vu le bon et beau visage de Lahcen, un ami de vingt ans, Franco-Algérien de la deuxième génération, qui est devenu mon auxiliaire de vie. Je devais offrir un spectacle assez lamentable. Je n’avais pas encore été nettoyé, les liquides du corps, y compris les larmes, s’étaient répandus. Tout en les essuyant, il me dit : " Je suis là, je ne te laisserai pas tomber. " Il a tenu parole. Aujourd’hui, je suis bien et me sens bien. Je suis reconstruit, de nouveau fonctionnel et opérationnel. Ce qui n’est pas l’avis de mon cardiologue, M. Amoretti, qui m’a dit : " Votre organisme est usé, ce qui est bien normal, puisque vous êtes né en novembre 1914. " Il y avait eu une première opération cardiaque à l’hôpital de Pontoise dans la nuit du 17 janvier 2006.

Or, le 10 novembre 1914, à Lille qui venait d’être occupée par les Allemands, le docteur Paucot, aussi pessimiste que le docteur Amoretti, disait à ma mère : " Oui, cet enfant est beau, mais ne vous faites pas d’illusions, pauvre petite Madame, vous ne l’élèverez pas. La guerre sera longue, nous allons au-devant d’événements terribles. Aujourd’hui, les restrictions, la disette, demain la famine. Le lait manque déjà. Vous-même vous n’en avez plus. Soyez réaliste et courageuse. ! "

En décembre 1915, la Kommandantur organisa un convoi de bouches inutiles à destination de la Suisse à travers la Belgique occupée et l’Alsace annexée.

Les bouches inutiles, c’étaient les malades, principalement les tuberculeux, les handicapés, les vieillards et les petits enfants avec leurs mères. Le même docteur s’opposa à notre départ : " Le petit Jean ne supportera pas le voyage ".

En décembre 1916, nouvelle occasion, nouvelle décision de la toute puissante Kommandantur. Cette fois, Maman Lucie tint bon : " Nous partirons, coûte que coûte. Si nous ne partons pas, je fais un double malheur. " L’enfant était toujours beau, toujours fragile, il était maintenu en vie par l’amour de quatre femmes : Maman Lucie, sa nièce Violette, venue à Lille pour les grandes vacances ; Antonine, sa bonne ; Jeanne, son amie, qu’elle a retrouvée dans le monde spirituel.

Cette lettre est datée du 22 mars, veille de Pâques 2008. Or, je viens d’apprendre par le journal de France-Inter que ce jour, proclamé historique par les medias qui abusent du terme, a été le commencement de la révolution de mai 68 dont lesdits medias s’apprêtent à célébrer les hauts faits.

Donc, en ce 22 mars 2008, la radio officielle a tartiné sur Daniel Cohn-Bendit, le groupe Noir et Rouge, le rassemblement des mouvements gauchistes : trotskystes, situationnistes, enragés (comme sous la Révolution), maoïstes, provos et autres sectes devenues ringardes. L’épopée commence par l’occupation de la Tour centrale de Nanterre. Viennent ensuite l’occupation de la Sorbonne, la Sorbonne ayant été fermée par décision du recteur, c’est l’Odéon qui est occupé. Le 16 mai, l’occupation s’étend à tout le quartier Latin : barricades et voitures incendiées. Le 15 mai, les syndicats prennent le train en marche. Nouveau slogan : étudiants-ouvriers-unité ! C’était l’époque où Sartre allait haranguer les gars de Billancourt. Et l’un d’eux demandait à son camarade : " Qui c’est, ce vieux con-là ? "

L’époque suicidaire où un tract donnait la recette du cocktail Molotov, où fleurissaient les affichettes "De Gaulle, assassin… La chienlit, c’est lui ! De Gaulle, au poteau !" Comme en 1789-1799, c’était l’âge d’or du bavardage, des palabres et de la logomachie.

Mes élèves de l’Ecole Saint-Joseph d’Asnières, tenue par les Frères des Ecoles chrétiennes, voulaient m’entraîner dans leur cercle de discussion où ils m’auraient appris que c’en était fini du cours magistral et qu’ils avaient, eux aussi, leur mot à dire. Je me suis borné à leur répondre que je ne me rendais pas aux convocations des Soviets et l’affaire en resta là. J’avais bien d’autres soucis et préparais, en douceur et en silence, ma révolution personnelle et discrète, avec l’aide de Pierre Monnier, de Roland et de Marcelle de Jouvenel.

J’avais également la bénédiction des philosophes de l’esprit, Gabriel Marcel et Jean Guitton, tous deux disciples de Bergson. Je voyais régulièrement le premier, le samedi matin, je lui lisais mes chapitres des Témoins de l’Invisible, au fur et à mesure que je les écrivais. Je rencontrais occasionnellement le second. J’habitais alors Asnières, 87 rue de Colombes, que la poétique Marcelle transformait en rue des colombes, ce qui a une toute autre allure. Depuis juin 1963, je lui rends visite régulièrement en son appartement du 194 rue de Rivoli. J’assiste aux réunions, aux réceptions et aux conférences qu’elle organise en son immense salon, secondée par Marthe Brialix ; sa secrétaire bénévole. Sa grande idée est de faire la liaison entre la science de pointe et les messages de l’Au-delà. Elle est très discrète sur ceux qu’elle reçoit, elle ne parle pas de Roland, mais est enchantée que d’autres en parlent. C’est ainsi qu’elle et moi, nous organisions en novembre 1968 une conférence à plusieurs voix dont je retrouve le bristol d’invitation.


Monsieur H. E. FISCHBACHER vous prie d’assister à la

Table Ronde qui se tiendra à l’occasion de la parution de l’ouvrage

de MARCELLE DE JOUVENEL

L A S E C O N D E V I E

le Jeudi 7 Novembre 1968, à partir de 17 heures

sous la présidence de M. GABRIEL MARCEL, de l’Institut

avec la participation des Professeurs

BARANGER ET CORDONNIER

et du R. P. Maurice BECQUÉ

Recteur des Rédemptoristes

Présentation par M. Jean PRIEUR, à 17 h 30



Fischbacher était un libraire – éditeur protestant, et célèbre à l’époque ; on était en plein œcuménisme, comme à l’Ecole Saint Joseph d’Asnières, comme au couvent des Augustines de Versailles où Madeleine Chasles achevait paisiblement sa vie consacrée au renouveau biblique dans l’Eglise romaine.

  

1968, c’était aussi le cinquantenaire des Lettres de Pierre. C’est en effet le 4 avril 1918 que le jeune homme, tué le 8 janvier 1915 sur le front d'Argonne, ordonna à sa mère de sa voix physique : " Ne pense à rien ! Ecris ! "

Madame Monnier regarde autour d’elle, cherchant un crayon. Elle en trouve un. Pas de papier … juste un carnet de comptes. Elle le saisit et commence à écrire ce qui suit :

Oui, c’est moi qui t’ai commandé d’écrire. Je crois que par ce moyen, nous arriverons à communiquer bien plus facilement. " Jusqu’alors, la relation s’établissait d’esprit à esprit, par la voix intérieure. " Mais tu n’entends pas toujours. Il y aura parfois des idées changées dans ta conception des choses… Mais certainement plus nous écrirons, plus cela deviendra rare… " Il s’agit en effet d’une révélation inédite qui vient confirmer et expliciter les précédentes, attestant la vigueur et la vitalité du christianisme qui, de génération en génération, lance des rejetons nouveaux.

Plus l’enseignement dispensé prenait forme, plus il prenait la force et l’autorité d’une révélation cohérente. Mais, par contre, plus le temps passait, plus les contemporains de Cécile Monnier disparaissaient, plus la nouvelle dispensation risquait de disparaître elle aussi.

C’est alors que l’On me fit comprendre qu’il était de mon devoir et de ma vocation de prendre contact avec des personnes qui avaient connu Mme Monnier de son vivant, comme Mme Schaffner-Monin et même connu Pierre lui-même, comme c’était le cas pour Mme Béatrice d’Hauteville, sa cousine et contemporaine. Toutes deux me donnèrent de précieux renseignements biographiques et les noms des personnalités à contacter.

Tandis que toute la France était immergée dans la paralysie, Marcelle et moi, nous étions surchargés de travail. Elle, par La Seconde Vie, et moi par mes Témoins de l’Invisible. Comme elle était d’esprit large, c’est elle-même qui me signalait l’existence de messages collatéraux comme Paqui. La formule : "Hors des messages de mon fils, point de salut," ne l’avait jamais effleurée. En mai 68, alors que les braillards défilaient sous ses fenêtres, nous corrigions les épreuves de La Seconde Vie et nous mettions au point la charte des messages christiques. Je revendique la paternité de ce mot pour ne pas confondre avec spirite et j'insiste sur le mot théurgie pour ne pas confondre avec occultisme. Théurgie : œuvre de Dieu. Ma démarche se résume en Jean XVII, 3 : La vie éternelle c'est qu'ils te connaissent. Toi le Seul Vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.

Chose stupéfiante : La Seconde Vie fut fort bien accueillie par l’intelligentzia d’alors qui était intelligente, par Claudine Jardin dans le Figaro, par Robert Aron dans les Nouvelles littéraires, par Daniel-Rops dans Ecclésia : " Marcelle de Jouvenel a soulevé l’un des plus graves problèmes humains. La question que nous voulons poser ici est grave, si grave qu’il n’y en a sans doute aucune qui lui soit égale. Il n’est vraisemblablement aucune personne qui, lorsqu’elle s’exprime en toute franchise, ne soit amenée à reconnaître qu’elle a été témoin, ou terrain, ou enjeu, de certains phénomènes qui échappent aux explications logiques : pressentiments que l’événement confirme, faits de connaissance indépendants des cinq sens, la liste en est trop longue pour qu’on l’épuise… Tout se passe comme si, placé devant l’inconnu qui enferme le plus grave de tous les secrets, l’homme se refusait à le regarder en face.

Regarder le mystère en face ! Fort de mes nouvelles convictions, j'étais prêt et impatient de les faire partager.

J'avais mon sujet : la célébration du cinquantenaire des lettres de Pierre, une liste d'auditeurs éventuels, laborieusement constituée à force de démarches. Il ne manquait que l'essentiel : une salle.

On était alors en novembre 1968 et je n’avais encore rien trouvé. Je ne disposais d’aucun budget, seulement des modestes honoraires versés par deux Ecoles libre : Saint Joseph d’Asnières et l’Alliance Française de Paris.

Solliciter Marcelle ? Je n’ai pas osé. Comme si elle me voyait venir, elle se plaignait haut et fort que la table ronde organisée chez Fischbacher lui avait coûté très cher, ajoutant quelle se refusait à jouer le rôle de mécène. Marie-Magdeleine Davy en a su quelque chose, le jour où elle voulut lancer la Maison Simone Weil. Je m’imaginais alors que M. H. E. Fischbacher, l’éditeur de Pierre, qui avait profité des libéralités de M. Louis Monnier,  était tout désigné pour offrir une deuxième fois ses locaux bien situés et bien agencés puisque transformés récemment en galeries de tableaux. Refus courtois et ferme.

Il est sûr que, tels les manifestants de mai que l'on avait déjà oubliés (exemple d'événement historique fabriqué de toutes pièces et après coup), je demandais l'impossible : une salle bien située, chauffée, gratuite ou presque et disponible immédiatement ; bref, le miracle.

Or les miracles, ça existe, la preuve : Voici le second bristol que je retrouve après avoir retourné l'appartement.

 

Madame SCHAFFNER-MONIN,

AUTEUR D'UNE GRANDE JOIE, ANTHOLOGIE DES LETTRES DE PIERRE

Vous prie d'assister à la conférence de

M. Jean PRIEUR

sur

PIERRE MONNIER

ET LA VIE FUTURE

avec la participation de Madame Madeleine CHASLES qui parlera du monde invisible

Cette conférence, suivie d'un entretien amical, aura lieu le M ERCREDI 11 DÉCEMBRE 1968, à 17 h 30 précises

à L'AKADEMIA RAYMOND DUNCAN

31, rue de Seine – PARIS VIe

 

SÉANCE PRIVÉE

 

Finalement, c’est l’Akademia Raymond Duncan qui mit à ma disposition sa grande salle de la rue de Seine, pourvue d’un podium, où s’étaient produits des spectacles de danses sacrées, dans le style d’Isadora.

Isadora Duncan, je la connaissais de réputation. Ma cousine Violette, celle de Lille, avait été son élève dans les années 20, comme mes ferventes lectrices, les sœurs Foatelli, Natya et Amma.

Eprise de nature et d’hellénisme, Isadora dansait pieds nus, vêtue d’une simple tunique grecque sur les musiques les plus diverses allant du Beau Danube bleu à la Marseillaise, des mélodies de Fauré à la bacchanale de Tannhaüser. Elle militait pour la libération de la femme, disant aux Américaines et aux Européennes : " Habillez-vous simplement, débarrassez-vous des corsets, veillez à votre santé, vous n’êtes pas des esclaves, pas même celles de vos maris, exprimez-vous librement. " Elle avait songé s’établir à Berlin, cela ne put se faire et c’est finalement à Paris où son frère Raymond fit l’acquisition, rue de Seine, de ce que l’on appellerait aujourd’hui un loft.

Il y établit en 1911 son Akademia, où il enseignait la sagesse grecque et les techniques artisanales primitives : filage et tissage. Raymond, comme Isadora, était un original, il se promenait en ville, vêtu d’un peplum, chaussé de cothurnes et je le revois, vers 1930, au bras d’une disciple qui l’abritait sous son parapluie d’une averse très parisienne.

C’est lui qui fit représenter l’Electre de Sophocle. En 1966, il quitta ce monde où Isadora l’avait précédé en 1927, étranglée par son écharpe qui s’était enroulée dans les roues de sa voiture. Anankè, la Destinée grecque l’avait déjà frappée dans ses enfants, victimes d'une autre voiture qui avait démarrée seule.

En 1968, ne restait en ces lieux naguère si animés qu’une vestale âgée vêtue à l’antique. Cette dame accueillit ma demande à la seule condition que je prenne à mon compte les cartons d’invitation et leur envoi, ce dont se chargea la belle-fille du pasteur Schaffner, Madame Schaffner-Monin.

La conférence du Cinquantenaire eut lieu comme prévu le mercredi 11 décembre, jour de la saint Daniel, qui fut visité par l'archange Gabriel. Ce fut, je dois le dire, un succès. J’en fus le premier surpris, car je ne suis pas un orateur, mais je parle en absolue sincérité, et le public y est sensible. Les idées que je transmets ont fait leurs preuves, ici et maintenant, aujourd’hui et demain, sur la Terre comme au Ciel… si Dieu le veut.

Oui, l'an 1968 vit une révolution, mais pas celle que l'on croit.

Toujours est-il qu’en ce 11 décembre, l’élan était donné. Il m’a porté, bon an, mal an, jusqu’à ce 22 mars 2008 où je termine cette longue lettre en vous remerciant, chère Madame Plainguier, de votre merveilleux bénévolat.

 

Jean PRIEUR

 

 

 

 

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