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Jean Prieur (1914-2016)

Jean Prieur (1914-2016)

Jean Prieur a étudié les doctrines ésotériques et les phénomènes paranormaux à la fois en tant qu'historien et philosophe.


Nécessité de la lecture attentive

Publié par Jean Prieur sur 22 Novembre 2007, 21:39pm

Catégories : #Textes récents

Par Jean Prieur.

  

 

Emmet Fox et les adeptes de New Trought, la Nouvelle Pensée, qui ont donné au christianisme un sérieux coup de jeune n’ont pas bonne réputation chez les penseurs européens qui les trouvent simplets et naïfs. Le fait de vouloir faire descendre les idées dans le concret les choque et les irrite ; les idées ne doivent pas quitter le ciel d’Aristote où ils éculubrent leurs châteaux ontologiques à base de vent.

Mais la sagesse planétaire, qu’elle fût chinoise, coréenne, égyptienne ou perse, ne l’entendait pas ainsi. Confucius ne cessa d’enseigner ce qu’on appelle la dialectique de la praxis, c’est-à-dire qu’il veut que constamment l’acte passe de la vérité à la vérification. Car, pour ce Maître, qu’est-ce qu’une doctrine qui ne rend pas meilleur, plus intelligent, plus efficace et surtout plus heureux ? Et qu’est-ce qu’une pensée qui ne tend pas vers la réalisation, vers la manifestation ? Après lui, Socrate voulait que l’enseignement des mystères fût répandu dans le public. " Celui qui a été initié n’a pas le droit de se dérober à l’action et de se croire déjà, avant l’heure de la mort, dans les Iles Fortunées que l’initié se dirige donc vers la lumière pour revenir ensuite vers ceux qui ne sont pas encore sortis de la nuit. " Cela fait penser à cette parole du Christ : "Ce que vous avez entendu dans le secret des chambres, criez-le sur les terrasses. " Il faut répandre l’enseignement secret de la pensée libre et ne pas le garder égoïstement pour soi. Penser aux nouvelles âmes que Dieu crée sans cesse et qui descendent dans l’incarnation en neige inversée.

Saint Jacques disait dans son épître méconnue : "Mettez la Parole en pratique, ne vous bornez pas à l’écouter. "

Donc en présence de toute doctrine, se poser la question : A quoi cela sert-il, que puis-je en faire dans ma vie de tous les jours, et que pourrais-je en faire à l’heure de mon départ définitif ?

Après avoir écrit Le livre des Morts des Occidentaux (Laffont), je me suis dit : " Tout ce que je raconte là peut tout aussi bien servir aux vivants. "

 

Il n’y a pas vraiment de frontière, il est utile d’avoir en soi un stock d’idées optimistes, positives, qui nous servent ici et maintenant, sur la Terre ; puis Là-bas et demain, dans un autre monde. Car ils sont nombreux dans l’Au-delà les gens perturbés par le fait que leur mental n’est pas préparé et qu’ils ne comprennent pas ce qui leur arrive.

William James a écrit ces lignes importantes, déjà citées dans Conscience planétaire et valables pour le monde spirituel comme pour le monde terrestre : "Les idées vraies sont celles que nous pouvons vérifier, c’est-à-dire assimiler, valider et corroborer de notre adhésion. Sont fausses, toutes celles pour lesquelles nous ne pouvons pas le faire. Vérifier, c’est pouvoir à tout moment échanger la monnaie-papier des concepts contre la monnaie-or de la réalité la plus visible. La vérité vit à crédit : nos pensées et nos croyances passent comme monnaie ayant cours tant qu’elles sont acceptées. Exactement comme les billets de banque : ils sont valables, tant que personne ne les refuse. Mais cela sous-entend qu’il faut que soient pratiquées expressément des vérifications quelque part, que des confrontations directes aient lieu avec les faits. Sinon, tout notre édifice de vérités s’écroule comme s’écroulerait un système financier à la base duquel il n’y aurait plus de réserves métalliques. "

Bien avant lui, Maître Kong (plus connu sous le nom de Confucius) recommandait à ses disciples de n’admettre aucune vérité qu’ils ne l’aient vérifiée par eux-mêmes, et il ajoutait que seule l’expérience a une valeur d’enseignement et que les grandes idées doivent descendre dans la réalité quotidienne.

Les paroles de sagesse que l’Evangile éternel a collationné dans les écrits des Maîtres ne sont pas des objets de musée, mais des instruments qui ne demandent qu’à fonctionner. On peut les faire servir en les prononçant à haute voix, en les irradiant de nos propres vibrations. Autrement dit, les paroles de Vie espèrent leurs utilisateurs, elles attendent qu’on les mette à l’épreuve et qu’on les fasse entrer dans le domaine existentiel. Et cela, pour augmenter notre bonheur, notre sérénité, notre santé physique et mentale. Mais ces paroles de vie, comment les trouver ? Tout simplement par la lecture de certains livres.

La directrice d’un centre anti-suicide me disait cette chose terrible : " Nous ne pouvons rien pour les gens qui refusent de lire. " En effet, lorsqu’on rejette les Ecritures (et je prends ce mot au sens le plus large), on se coupe de tout contact avec le monde spirituel, ce monde parallèle qui se sert de tous les moyens pour nous rejoindre. Il faut lire pour se nourrir. Or il y a des gens qui ne mangent jamais, des sous-alimentés spirituels, des affamés qui n’ont même pas faim. Ce ne sont pas les écrivains qui manquent, ni les éditeurs, ni les librairies ; ce sont les lecteurs, ces derniers invoquent immanquablement le manque de temps. A quoi je réponds : du temps, vous en aurez bientôt… à ne savoir qu’en faire… des infinis de temps aussi vastes que l’espace.

Il est utile de lire, tout simplement pour que l’esprit ne tourne pas à vide et pour qu’il ne soit pas envahi par mille petites préoccupations idiotes. Il faut lire, ne serait-ce que pour éloigner les fantasmes, les illusions, les pensées anarchiques, le bavardage intérieur. La lecture est nécessaire pour structurer le mental, pour lui donner forme et organisation et pour combattre le grand ennemi intérieur : j’ai nommé la dispersion, la désagrégation mentale. Cette confusion est entretenue par les médias qui déversent sur nous dans le désordre des quantités d’informations chaotiques et de propos débiles. Toutefois, depuis quelque temps beaucoup d’émissions incitent à la lecture.

Lorsqu’on lit, il est bon de le faire avec lenteur, bien qu’on soit à une époque où l’on recommande la lecture en diagonale : expression insultante pour l’écrivain. La lecture ne peut pas être plus rapide que du temps de Platon, l’esprit humain est toujours le même, il n’est pas plus intelligent qu’au temps d’Euclide ou de Pythagore. Chaque fois que cela est possible, lire à haute voix pour incarner et nous approprier le texte qui nous a plu. On le fait sien pour qu’il nous apporte la force, on s’en imprègne et on l’adapte à sa vie personnelle. On peut au besoin en faire un mantra, c’est-à-dire un mot ou un ensemble de mots ayant un pouvoir, un sens que l’on doit garder présent à l’esprit et prononcer sur un certain rythme.

Le mantra, qui a des rapports avec la musique et la poésie, se trouve dans une forme identique en Inde ainsi qu’en Iran préislamique, l’Iran de Zarathoustra et du mazdéisme. Le mantra, ce n’est pas la prière qui demande, c’est la prière qui déclare. Le mantra est une affirmation, dont une parole ferme, une parole solide. Et c’est une formule qui, ayant été consacrée par des siècles de ferveur, possède une énergie propre. On pourrait donc dire que le mantra est une parole-pensée-force.

 
C’est une vibration puissante, c’est une présence de l’invisible et cela peut aussi être une action sur l’invisible. Ces paroles millénaires sont des sortes d’accumulateurs, et si nous les faisons nôtres un jour, nous les possédons pour toujours. C’est la voix forte et la parole d’autorité des Evangiles. Il y est dit à plusieurs reprises que Jésus parlait avec autorité et non pas à la façon des scribes. Ceux-ci ergotaient, discutaillaient. Ce qui nous fait penser à ces tables rondes médiatiques où tout le monde jacasse en même temps, où l’on parle, non pas pour informer ou s’informer, mais pour faire son numéro.

Mais ici il est question du Verbe créateur, du Logos de Philon d’Alexandrie, d’Apollos et de saint Jean. Utiliser et personnaliser la Parole avec un P majuscule, ce n’est pas la profaner. La Parole ne demande qu’à servir, à donner tout son suc, à tenir ses promesses, il faut prendre la Parole au mot, et la prendre au sens noble de Logos, comme en Mathieu VIII,8 :

Alla monon eipé logô (datif) Kai iathresetai

But only say in a word, and will be healed.

Ho païs mou.

The boy of me.

En traduction plate : mais dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri.

Serviteur : comme celui qui parle est centurion, sous ce terme on évoque un vénérable sous-officier blanchi sous le harnois, or païs (en latin puer) est très bien rendu par boy et fait une discrète allusion à l’homosexualité militaire dont David et Jonathan nous présentent un autre exemple : Paul connaissait les leçons de son amant.

En II Samuel I,26, le roi dit clairement son chagrin et son amour viril : " Comment les hommes forts sont-ils tombés au milieu de la bataille ! Comment Jonathan a-t-il été tué sur les hauts-lieux ! Je suis dans l’angoisse à cause de toi , Jonathan, mon frère. Tu étais pour moi plein de charmes. Ton amour pour moi était merveilleux, plus grand que l’amour des femmes. "

 

Il connaissait certainement cette prière originale que Socrate avait apprise au jeune Alcibiade qui, en général, n’appréciait pas beaucoup les leçons de son maître. C’est Platon qui cite ce texte dans un de ses dialogues : Zeus souverain, donne-nous ce qui est bon, soit que nous le désirions, soit que nous ne le désirions pas, et même si nous ne le demandions pas. "

Transcrire ces lignes à la première personne du singulier, remplacer le nom de Zeus par celui de Dieu et Lui demander ce qui est bon pour nous sans autre précision, car, la plupart du temps, nous ignorons où se situe notre véritable avantage.Demander son bien au Souverain Bien :

Dieu souverain, donne-moi ce qui est bon, soit que je le désire, soit que je ne le désire pas, et même si je ne le demande pas.

A l’époque où Paul était à Rome, Epictète, qui avait ouvert une école de philosophie, dispensait comme nous l’avons vu un enseignement bien proche de celui du Christ. Les deux maîtres, le Grec latinisé et le Juif hellénisé, se sont-ils rencontrés ? Rien ne le laisse supposer. Epictète était-il chrétien en secret ? certainement pas. Pour lui, les Galiléens étaient des fanatiques, des intolérants qui renversaient leurs statues et souillaient les temples. Il les accusait de ne pas mener une vie conforme à leur doctrine qu’il admirait. Il leur reprochait surtout de ne pas condamner l’esclavage dont il avait tant souffert.

Epictète, qui signifie homme acheté, n’est qu’un surnom. Il s’en était donné un autre Iros, comme le mendiant d’Ithaque qui apparaît dans l’Odyssée.

 

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