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Jean Prieur (1914-2016)

Jean Prieur (1914-2016)

Jean Prieur a étudié les doctrines ésotériques et les phénomènes paranormaux à la fois en tant qu'historien et philosophe.


Oecuménisme

Publié par Jean Prieur sur 27 Mai 2007, 08:41am

Catégories : #Textes récents

DIX ANNEES CRUCIALES TERMINEES PAR SEPT
    Par Jean PRIEUR

 

 Peu de temps avant mon accident du R.E.R. Opéra, survenu le 29 juin 2006, l’idée prémonitoire m’était venue de revoir mon contrat obsèques.
 Je tenais à une cérémonie religieuse qui rassemblerait mes amis catholiques (en majorité), protestants, juifs, musulmans, spirites, pour une discrète liturgie qui serait célébrée dans la chapelle du Père-Lachaise dédiée aux différents cultes. C’est pourquoi j’avais demandé  au Père François Brune de la présider.
 Venant de terminer l’Evangile éternel et mondial, je tenais à affirmer ma foi au Dieu suprême des religions révélées. Cependant, certains points importants de ce contrat n’avaient pu être précisés, à commencer par le lieu de l’inhumation. J’avais, entre temps, renoncé à la crémation. Grâce à la générosité de la comtesse Simone de Saint-Seine et de son fils Luc, ce lieu fut la sépulture Bertin de Vaux, sise à côté d’une pyramide blanche très pointue , en bordure de l’allée des Feuillants, 49e division : celle de Gérard de Nerval et de Balzac.
 Restait la question du rite : catholique ou protestant ? Comme je suis issu d’un couple mixte, je répondis tout naturellement : selon le rite œcuménique. On aurait pu m’objecter : l’œcuménisme existe en tant qu’idée, pas en tant que pratique. Et moi de répondre : Mais si ! En ce qui me concerne, désormais, l’œcuménisme qui me préoccupe fonctionne très bien depuis le 11 octobre 1911, depuis ce jour où M. Constant Prieur (1880-1979), ingénieur qui introduisit en France le moteur Diesel, bon  catholique, mais très libéral, épousa Lucie Canel, une jeune fille luthérienne. Ils s’étaient connus au mariage d’Henriette Caillat, leur amie commune. La cérémonie eut lieu au temple Saint-Martin de Montbéliard, capitale d’une principauté jadis rattachée au Wurtemberg, comme Monaco l’est à la France. Montbéliard-Mumpelgart avait embrassé la Réforme et la confession d’Augsbourg dès 1530, du vivant de Luther.
 Chez les Prieur, l’œcuménisme se développa de façon exemplaire : les deux fils Jean (1914 – 20 ??) et Robert (1919-2004) furent élevés dans le protestantisme. Quant à mon père qui accompagnait régulièrement son épouse au culte du dimanche, il passa ses dernières années dans une Institution Notre-Dame, choyé par les bonnes sœurs, et ayant de fréquents entretiens avec leur aumônier.
 Au moment de sa paisible agonie, mon frère, ma belle-sœur et moi, nous étions autour de lui. Je lui tenais la main, et nous échangions les dernières paroles : la toute dernière fut : quelle heure est-il ? Soudain, la porte s’ouvrit et se referma aussitôt ;  c‘était l’aumônier qui, par discrétion, se retirait. Je le retins : « Je vous en prie, mon Père, restez ! Il va passer. Dites les prières ! ». La mère supérieure et les sœurs  accoururent pour égrener leur chapelet. Mon père s’éteignit dans les bras de son Eglise. On était en juin 1979.

 Quelques années plus tard, j’eus un fugitif contact avec lui ; sa première parole fut de nouveau : quelle heure est-il ? Je le lui dis, mais le contact ne s’établissait pas. J’étais bloqué, plein de rancune, il m’avait trop souvent humilié. Je ne lui en parlai pas et pour dire quelque chose, je lui demandai :
- Que fais-tu là-bas ?
- Des mathématiques.
Ce qui me fut confirmé en 1992, en Bulgarie par la voyante aveugle Wanga qui vit un monsieur sévère avec à la main une règle à calcul. Mais il n’y eut pas de message.
Entre temps, mon amie Jacqueline Wyrkowsky avait capté le monsieur sévère et sec qui lui avait dit rapidement : « Je regrette, je regrette, je n’avais rien compris. »
Mon amie Romana voit dans mes difficultés avec mon père qui était catholique, l’origine de mes réticences vis-à-vis de son Eglise. C’est absolument faux, le désaccord fondamental n’était pas là, je l’expliquerai plus tard.
Autant le faire tout de suite, tandis que je suis en possession de toute ma mémoire. Jeune Gadzarts compétent et discipliné, Constant Prieur compléta sa formation Arts et Métiers par un séjour à Munich en 1910-1911 auprès du baron Diesel.
Après la Grande Guerre, il mit ses connaissances au service de Louis Renault, réputé pour son despotisme cassant et sa dureté envers ses collaborateurs immédiats.
Sans cesse brimé, mon père reporta sur son entourage, principalement sur moi, les avanies que son patron lui faisait subir.
Etant perfectionniste, il avait beau  jeu de détailler mes insuffisances et de m’accabler de ses critiques perpétuelles.
Bref, je ne lui ai jamais reproché son catholicisme, mais son dogmatisme et cette autosatisfaction propre aux invivables.
Sur le plan religieux, il était ouvert au protestantisme dont il appréciait la rigueur morale et doctrinale.
 En 1963, il applaudit à la décision de Jean XXIII de réunir un concile où l’on inviterait des observateurs luthériens. Au début du siècle, n’avait-il pas été un précurseur en se mariant au temple ?
S’il était encore de ce monde, il blâmerait le coup de frein donné par Jean-Paul II à l’œcuménisme.
 A mon tour, j’éprouve de la nostalgie pour le Concile Vatican II, pour Jean XXIII et son successeur Paul VI qui avaient invité les chrétiens à se réconcilier…

 En ce temps-là (l’expression évangélique convient parfaitement), le messager Pierre Monnier nous apprenait que c’était chose faite dans l’Au-delà où il était entré quand j’arrivais au monde. Il en était de même dans la mouvance de Roland de Jouvenel et de sa mère, devenue mon amie et ma confidente.
 Pour moi, j’avais, depuis longtemps, dépassé le stade de l’harmonie entre les chrétiens et je désirais englober les Hébreux, en attendant les Berbères et les Arabes.
 Dès 1926, mon meilleur camarade était un jeune Israélite (c’est ainsi qu’il fallait dire alors), William Séror, récemment arrivé d’Algérie, avec sa mère née Marcelle Stora. Maman Lucie encourageait notre amitié. Elle-même, en 1930, s’était liée avec une femme remarquable, Marthe S., de son vrai prénom Salomé, qui s’était convertie au protestantisme. A mon tour, je fus séduit par Salomé, d’une demi-génération plus âgée. Pour moi, les écoles philosophiques et les religions, ce ne sont pas des livres toujours barbants  et des théories en général fumeuses,  mais des êtres aimés, parce que pleins de charme et de connaissance : le Paradis, ce sont les autres.
 Avec Marthe Salomé, il fallait ajouter l’admiration pour une femme supérieure. Sa double formation juive et protestante lui donnait une connaissance approfondie des Ecritures, encore enrichie par un domaine, tout nouveau à mes yeux, celui des relations (prudentes) avec le monde invisible. Voici notre charte : Nous n’invoquons pas les esprits, ce sont eux qui nous font signe, quand ils ont quelque chose à nous dire.

 C’est à Lyon, en 1941 que je retrouvai le cher William qui était en situation précaire. Quand il fut obligatoire pour les Juifs de se déclarer à la police, il était prêt à obéir. Frappé d’aveuglement, comme beaucoup de ses coreligionnaires, il me dit : « Si je ne le fais pas, je risque des ennuis. » Eclairé par mon pessimisme naturel, je répliquai : « Si tu le fais, tu te suicides ». A l’époque, on ignorait tout des camps de concentration, mais je pressentais confusément un arrière-plan épouvantable.
 William était attiré par le protestantisme représenté, pour lui, à la fois par moi et par le pasteur suisse Roland de Pury qui était prêt à le baptiser et qui, dans ses sermons, résistait à l’occupant, interdisant à ses ouailles de lui livrer leurs métaux non ferreux. Finalement, William adopta l’attitude noble de Bergson,  ce n’était pas au moment où le judaïsme était persécuté, qu’il fallait quitter le navire. Il demeura dans sa judéité, ne porta jamais l’étoile jaune, et, camouflé par ses amis, arriva sans encombre à la Libération.
 Il n’en fut pas de même pour le pasteur de Pury, que les Allemands vinrent arrêter en plein temple, alors qu’il officiait. Il fut déporté, comme le furent tant d’autres pasteurs. Et je pense à Paul Buchsenschütz qui m’avait formé au début des années 30. Il revint de là-bas pour mourir.

 Mon histoire personnelle ayant toujours été celle de mes amitiés, voici que ma quête spirituelle, influencée par un catholicisme revu par Jean XXIII, Paul VI, Gabriel Marcel et ma modeste personne, aboutit à un livre synthèse, les Témoins de l’Invisible. A mon grand étonnement, il fut très bien accueilli et me valut des relations chaleureuses avec le monde catholique libéral. Le Père Guy de Fatto s’enthousiasma et qualifia le paisible ouvrage de bombe spirituelle, dont les retombées seraient nombreuses et durables. Guy me permit de faire des conférences hebdomadaires dans le centre Philippe Néri qu’il animait. Vers la même époque, je me liai avec l’abbé Pierre Pernot, qui avait fondé le groupe Omnes Fratres, placé sous la bénédiction de Marthe Robin. Il s’intéressait principalement aux phénomènes mystiques parmi lesquels il voulut bien inclure les messages christiques. Je l’ai accompagné quelquefois dans ses tournées de conférences. Comme il transportait, dans sa camionnette blanche, des quantités de livres et de brochures soumis à des droits de douane, il les passait en pieuse fraude, en s’adressant mentalement à l’ange gardien du préposé helvétique.
 En 1962, situation semblable à la frontière espagnole. Cette fois, je suis avec un Américain, le pasteur pentecôtiste Davidson. Il s’agit d’introduire des brochures évangéliques, des films et des vivres destinés aux gitans protestants de Barcelone.
 Cent ans auparavant, au même lieu, Port-Bou, de la littérature spirite, envoyée par Allan Kardec, avait été confisquée avant d’être brûlée en place publique, à Barcelone, selon un cérémonial remontant à l’Inquisition.
 Davidson ne recourut pas à l’ange gardien du douanier mais au happening en se déshabillant complètement sous les yeux horrifiés de la guardia civil. 
L’archevêché de Paris avait placé auprès de Marcelle de Jouvenel, le Père Maurice Becqué, rédemptoriste, qui avait pour mission de veiller sur l’orthodoxie de ses futurs livres.
 Il en résulta le recueil, En absolue Fidélité, qui était parmi les livres de Roland, celui que j’aimais le moins. Après la mort de Marcelle, je compris pourquoi : le saint homme m’avoua benoîtement qu’il avait pratiqué quelques adoucissements destinés à obtenir l’imprimatur. Résultat : la personnalité originale, les formules heureuses et poétiques de Roland, avaient complètement disparu. Il ne restait que des aphorismes impersonnels, on ne comprenait même pas qu’il s’agissait de messages de l’au-delà.
 Les neveux de Mme de Jouvenel qui ne s’étaient jamais souciés d’elle (« Je ne les ai pas revus, me dit-elle un jour, depuis leur baptême ») accoururent pour se partager son héritage. Comme ils n’avaient que mépris pour les « élucubrations de Marcelle », ils dirent à Marthe Brialix, sa secrétaire (elle avait été auparavant celle de Daniel-Rops), ainsi qu’à  moi-même : « Triez tous ces papiers, jetez ! jetez ! Il y a là de quoi remplir plusieurs poubelles d’immeuble ! » Or, parmi ce fatras d’articles de presse, de vieilles lettres, de factures payées, de brouillons et de textes raturés, se trouvaient des fragments de journal intime, des messages inédits, de quoi terminer La Seconde
Vie, et de constituer un recueil d’inédits que j’intitulai
Comme un secret, Comme une flamme. C’est alors que nous avons, ô merveille, retrouvé le manuscrit authentique d’En absolue Fidélité, que Marthe avait tapé entièrement. Beau joueur, le père Becqué reconnut que « ses adoucissements » étaient en réalité des affadissements, et ne fit pas obstacle quand je décidai de publier chez François Sorlot, la version authentique d’En absolue Fidélité (à Roland.) Cependant, il y avait parmi nous, des intégristes partisans d’En absolue Fidélité (à Marcelle, à l’imprimatur, bref à l’Eglise pure et dure.)
 Finalement, c’est la version authentique qui l’emporta, et Jean Guitton (1901-1999) prit mon parti.


J’ai reçu de cet orfèvre en matière mystique, ces lignes qui me furent un précieux encouragement : 
                                               
                                           
Paris, le 25 janvier 1989
 « Cher Monsieur,
 « Si on avait publié telles quelles les Pensées de Pascal, personne ne les aurait lues. De même pour Simone Weil sans l’arrangement de Gustave Thibon. De même pour l’Histoire d’une âme, de sainte Thérèse de Lisieux, comme vous le montrez. » En effet, la sœur aînée de Thérèse, qui était aussi sa supérieure, avait considérablement édulcoré post mortem le manuscrit de la jeune fille.
  « Je trouve que vous avez bien agi et je vais relire ces témoignages de Madame de Jouvenel, que Gabriel Marcel avait si bien préfacés. Je vous remercie de ce présent. »

 

J’ai reproduit ces lignes dans ma préface à Comme un secret, comme une flamme, recueil de messages inédits qui couvrent les années 1957-1958-1959 et janvier 1960, et qui se situent entre En absolue Fidélité et la Seconde Vie, dernier livre de Marcelle de Jouvenel où apparaît l’inoubliable figure de Padre Pio.  

Il est difficile de résumer une évolution (la mienne) qui s’étend sur près d’un siècle : si l’on fait court, on fait obscur. Cependant, j’ai des repères. J’ai remarqué que les années terminées par 7 avaient toujours signifié pour moi une étape décisive dans ma vie spirituelle.

Cela commence en 1917, année où s’éveille ma conscience avec mes premiers souvenirs : les bombardements aériens sur Paris, les descentes à la cave, enveloppé d’une couverture. La grosse Bertha ce sera en 1918. Dans mon idée, c’était une mégère énorme, épouse du Késère.
Voici donc ces dix décennies :
1917 : Maman Lucie me parle du Seigneur Jésus, et m’enseigne le Notre Père. Je suis un bon petit, coiffé à la Jeanne d’ Arc, blond comme les blés et naïf comme il n’est pas permis.
1927 : Mal remis des privations de Lille (1914 – 1915 – 1916), j’ai intitulé ces années terribles : « Maman et moi, nous avons fait la Grande Guerre en première ligne. » Et c’était vrai. Je suis resté fragile et une broncho-pneumonie m’a conduit au seuil de la mort. Un matin de mai, je vois sans étonnement, le Seigneur Jésus debout au pied de mon lit. Il me tend la main et me demande : Tu veux venir ? Je réponds : -Oh non ! Non ! Et je rentre précipitamment la mienne sous les couvertures. Je comprends que si je saisis cette main si belle, si naturelle, sans la moindre trace de clous et de sang,  il faudra repartir avec Lui.
1937 : Depuis que nous habitons Maisons Laffitte, ma santé s’est améliorée. Je suis un grand jeune homme châtain clair qui a trouvé une situation intéressante à l’Exposition Internationale des Arts et Techniques. Travaillant au Service des cartes de faveur, je ne rencontre que du beau monde, par exemple le Docteur Mardrus, traducteur des Mille et une nuit, et des plus belles sourates du Coran. Mais en 1937, le Coran n’est pas ma tasse de thé ; en dehors de la Bible, il n’est pour moi point de salut.
Chauffé par un étudiant en théologie luthérienne, Maurice Sweeting, je songe à devenir pasteur. Pour cela, il faut connaître le grec et l’hébreu. Je me mets courageusement à l’étude du grec et ne lis plus que les deux Testaments que j’annote et commente.
 Pour l’hébreu, on verra plus tard. J’emprunterai mes connaissances à Chouraqui.
 En 1937, les études bibliques me passionnent. Il paraît que je suis très doué.
 Malheureusement, il y a aussi les travaux pratiques. Le dimanche matin, je dois accompagner un ami de Maurice, un évangéliste de choc, dans ses tournées en banlieue rouge. Heureusement, il ne me demande pas de prendre la parole, je serais tétanisé par ma timidité.
 Un souvenir précis. Nous sommes à Aubervilliers. C’est l’époque du Front Populaire et de la Guerre d’Espagne. L’évangéliste est un jeune homme pur, fervent, intrépide, éloquent  et enthousiaste comme je ne l’ai jamais été.
 Il est écouté très attentivement par le public populaire ; lorsque la petite chorale qui l’encadre (et dont je fais partie) a terminé son cantique d’appel, on nous jette, ô horreur, des sous.  Une femme me dit :  «Je sais, ce n’est rien, mais nous n’avons même pas d’argent pour l’Espagne. »
De sa fenêtre du troisième étage, un ouvrier répond à l’évangéliste : « Ce que tu racontes là, mon gars, ça n’est pas mal. Ici, on est plutôt pour. Mais ça ne nous concerne pas. Notre Christ, nous l’avons déjà. Notre Christ, c’est Jaurès. » Cela me semble aller de soi, la banlieue rouge n’est pas terre de mission, la banlieue ça n’est pas pour moi.
  Animé d’un zèle intempestif et fondamentaliste, j’organise des cercles d’études bibliques de salon et prétends convertir mes amis. Je m’attire cette remarque de ma mère : « Ce n’est pas bien d’amener autrui à changer de religion ! »  Sages paroles que je mets à profit aujourd’hui.
1947 : Paris : Navires pour l’Atlantide est réédité : mais ne connaît pas le succès qu’il avait remporté à Lyon et dans l’ancienne zone libre. Paris est sartrien et existentialiste athée. Je lui tourne le dos et me lance dans la traduction et le commentaire de l’Apocalypse. J’y travaillerai jusqu’à maintenant.
1957 : le dimanche 15 août, au cours d’une marche solitaire le long du golfe de Corinthe, j’entends nettement articulé par la voix intérieure : Il n’existe pas d’autre dieu que Dieu, et je connais un sentiment océanique de bonheur. Je prends cela pour une invitation à étudier l’Islam,  et je me plonge dans le Coran. Je fais sur ce texte le même travail que naguère sur la Bible. Je suis comme disent les Italiens : uno studioso.
1967 : Je suis professeur de langue et civilisation à l’Alliance Française de Paris. Au cours d’une conversation, bien que la direction m’ait recommandé d’éviter les sujets relatifs à la politique, à la religion et au sexe, je me surprends à dire à une carmélite madrilène : « Vous savez, ma sœur, il n’est pas sûr que Dieu soit espagnol, (un temps) …pas sûr non plus qu’il soit catholique. » (Un second temps) … et je me demande s’il est chrétien. C’était la période sombre où s’estompait le visage de Jésus.
La même année, j’avais demandé à mes étudiants afro-asiatiques : « Qu’est-ce qui vous a le plus frappé quand vous êtes arrivés en Europe ? Un Coréen d’ascendance japonaise, le jeune Massumoto, me répondit du tac au tac : « Dans cette Europe chrétienne, pas une seule église n’est consacrée à Dieu. » Comme vous êtes fin observateur, Matsou ! Que de choses à tirer de votre réflexion ! Tel fut mon premier contact avec la Corée.
1977 : Avec mes amis Lionel et Jacqueline de Saint Quentin, fervents catholiques, respectueux du magistère de l’Eglise, nous fondons la Fraternité Jonathan Pierres Vivantes, destinée à venir en aide aux personnes frappées par un deuil, en général la perte brutale d’un enfant. Ses premiers membres sont les lecteurs des Témoins de l’Invisible qui ont succédé aux lecteurs de Je suis vivant de Pierre Monnier. Mais peu à peu, le clergé reconquiert le territoire qu’il avait laissé à l’abandon on écarte les messages d’autrui et celui qui les a fait connaître. On secoue en douceur le cocotier dont il n’est toujours pas redescendu.
1987 : Je reçois le prix littéraire décerné par Assistance aux Animaux, pour le livre que j’ai consacré à leur âme. Le même jour, j’entraîne Jacqueline Wyrkowski, future Mme Hüe de Senneville, et le médium Lionel Jackel vers l’église arménienne de la rue Jean Goujon, édifiée à l’emplacement du Bazar de la charité. Je voudrais faire une psychométrie de lieu. Je ne  donne aucune précision à ce jeune médium exceptionnellement doué, je lui dis seulement : « Que ressens-tu ? » Il se concentre, devient tout rouge et s’écrie : « Les pieds me brûlent, mes poumons sont en feu ! » Et voilà qu’il revit en son corps et en son esprit les vingt minutes de l’épouvantable incendie. Jacqueline a vu seulement une dame (la duchesse d’Alençon, ex-fiancée de Louis II) qui lui montrait une inscription gravée sur le fronton : « NE SOYEZ PAS COMME CEUX QUI N’ONT PAS D’ESPÉRANCE. »
Je n’en ai pas terminé avec 1987, son dernier jour me réserve une belle surprise. Comme tous les gens qui vivent seuls, je redoute les fêtes où le sentiment de laissé pour compte devient intolérable. La Saint-Sylvestre 1987 fera exception, puisque je suis invité au réveillon organisé par Martine D. de Cergy–Saint Christophe. Jolie, intelligente, chaleureuse, Martine a tout pour elle. Tout, sauf un compagnon assorti. Elle est mariée à un invivable qui, un peu avant minuit, nous met tous brutalement à la porte. Je ne regrette pas l’invitation de Martine, c’est chez elle que j’ai fait la connaissance de Max Lahcen Chouli , un grand jeune homme d’origine algérienne,devenu aujourd’hui mon auxiliaire de vie. Serviable comme toujours, il a ramené chez eux tous ceux que le caractériel avait flanqués sur le pavé ! Cergy-ville nouvelle est aussi étendue que Paris.
1997 : Toi, le seul Vrai Dieu, publié par Exergue, fondé par Laurent Guyénot, repris plus tard par Trédaniel, est la réponse à l’expérience de 1957. Très attiré par l’Islam, j’envisage d’écrire Muhammad, Prophète d’Orient et d’Occident qui m’attirera les foudres des intégristes arabo- musulmans, mais qui sera traduit en indonésien.
TOI LE SEUL VRAI DIEU commence par un entretien entre l’auteur et l’éditeur, Laurent Guyénot qui, je le reconnais, m’a bien percé à jour.
Laurent Guyénot : Pourquoi teniez-vous tant à terminer ce livre en 1997 ?
Jean Prieur : Parce qu’il est né il y a tout juste quarante ans, parce que je crois en la valeur des dates et des nombres, et principalement au 40 qui exprime les épreuves et les mises à l’épreuve.
L. G. : Vous croyez aussi à la valeur des expériences vécues. Il faut que vous preniez les idées à l’essai, que vous les confirmiez dans le concret et la pratique du quotidien, c’est en ce sens que vous vous rattachez au pragmatisme américain et même à l’existentialisme chrétien.
J. P. : Si la vérité ne peut être vérifiée, elle n’est pas vraiment la vérité ! Tout est donc parti d’un phénomène qu’il faut bien qualifier de mystique puisqu’il relève de la divine surprise.
Cela se produisit le 15 août 1957, sur la route qui conduit de Patras à Corinthe.
Je n’ai éprouvé ce phénomène que de très rares fois, chaque fois je fus envahi de paix.
« Il n’y a d’autre Dieu que Dieu » J’étais submergé par cette affirmation. Il n’y avait plus moyen de penser, de croire, de dire autre chose. Cette vérité était unique, dévorante, évidente, éblouissante comme ce soleil d’août. La joie m’emplissait et me submergeait.
L. G. : La joie, signe de vérité, signe de certitude.
J. P. : Désormais, tout devenait clair. La vraie solution d’un problème est toujours simple. L’existence redevenait bonne et désirable. J’avais confiance en elle. Plus rien n’avait d’importance, pas même moi.
Charisme gratuit, inattendu, immérité. Fantastique bonheur, extraordinaire bien-être, indescriptible plus-être… invasion d’amour, à condition de mettre dan ce terme l’ensemble des valeurs positives : reconnaissance, attachement, admiration, confiance, certitude que la vie est bonne, que son Auteur est bon ; désir de prolonger ce fragment de durée exaltante jusqu’en vie éternelle.

J’ai cru à cette époque-là que le strict monothéisme judéo-musulman était la solution et j’ai eu tendance à minimiser le Seigneur Jésus dont Maman Lucie m’avait parlé dès 1917.
Ayant découvert le Dieu galactique, le très Grand Dieu, l’Âme du Cosmos, j’avais le tort de ne pas prendre en sa totalité, en son intégralité Jean XVII, 3 : LA VIE ÉTERNELLE, C’EST QU’ILS TE CONNAISSENT, TOI LE SEUL VRAI DIEU, et CELUI QUE TU AS ENVOYE, JÉSUS-CHRIST.
En recherchant cette citation que je voulais la plus exacte et la plus complète possible, je suis tombé « par hasard » sur ceci :
« Tu crois qu’il y a un seul Dieu, tu fais bien (Kalòs), les démons (daïmonia pas daimonès) le croient aussi et ils tremblent (phrissousin) » Jacques II, 19.
Les démons connaissent la vérité, ils sont bien placés pour savoir que Dieu existe, mais ils ne veulent pas en tirer les conséquences. Et Jacques reprend : « Vous le voyez, c’est par les œuvres (ex ergôn) que l’homme est justifié et non par la foi seulement. Comme le corps sans esprit est mort, de même la foi sans les œuvres est morte. » La foi, la foi seule, sola fides, est la condition nécessaire. Nécessaire, oui, mais pas suffisante. La foi seule fait très bon ménage avec le fanatisme et la pire cruauté. N’est-ce pas MM. les Inquisiteurs et le Ayatollahs ? Et vous les Kamikazes ! Il faut beaucoup de foi pour se faire exploser.
Au dessus de la foi, il y a le respect de la vie.
Respect de la vie, cette formule que je voudrais avoir trouvée est d’Albert Schweitzer. Elle s’est imposée à lui lors de sa brève illumination, aux limites de l’extase.
Cela lui a été donné alors qu’il naviguait sur le fleuve Ogooué qui irrigue tout le Gabon où sa pensée généreuse devait s’incarner. Ces quatre mots recouvrent tous nos devoirs et toutes nos espérances. Respect de la vie élémentaire :
Ne pas souiller les eaux fluviales ou marines, ne pas empuantir cet océan de vie qu’on appelle les airs, ne pas déverser nos ordures dans la terre nourricière et sacrée. Ne pas piéger, ne par torturer, ne pas tuer nos petits frères les animaux qui, comme nous, ont une âme, évidence que je me tue, de livre en livre, à répéter, évidence que les divers christianismes sont les seuls à refuser. ’’Il n’y a pas de textes, m’objectent-ils.’’
Oh ! Si, il y en a. Par exemple, le livre d’Enoch en slavon, ou l’Evangile de la vie parfaite, mais les Eglises les sont déclarés apocryphes. A supposer même qu’il n’y ait aucun texte, sacré ou pas, on s’en fout. Il suffit de les regarder au fond des yeux. Et là, vous verrez la plupart du temps, des flots d’amour ; quelquefois aussi des flots de colère, s’il d’agit des grands félins ou d’autres espèces à fourrures, quand on sait par quels procédés abominables on les obtient.
  Après 2000 ans, on s’interroge encore sur la nature du péché originel, dont le Christ n’a jamais parlé, vieil os à moelle ou plutôt vieil ossement vide sur lequel tant de théologiens se sont usé les dents, quels est-il ce boulet que toute l’humanité qu’elle soit blanche, noire, ou jaune traîne depuis toujours, ce boulet c’est la cruauté millénaire viscérale et planétaire envers le monde animal et toute la création.
  Qu’as-tu fait de ton frère ? demande l’Eternel Dieu à l’homme bestial, abruti et borné.
Et me voici en route pour 2007 ; maintenant, je suis tout blanc. Comme je me plaignais à un infirmier que l’une de ses collègues m’avait manqué de respect, il me répondit :
 «  C’est de votre faute, vous ne faites pas assez vieux. »
N’ayant plus de famille, je m’en suis constitué une. Quand j’étais quadra, je me cherchais des oncles ; c’est ainsi qu’avec Odette Boyer, dont la mère était la nièce de Flammarion, nous parlions de l’oncle Camille. J’avais l’impression de l’avoir connu. Avec Marcelle de Jouvenel, c’était l’oncle Maurice (Maeterlinck avait été le compagnon de Georgette Leblanc, sa tante) Georgette, elle-même sœur de Maurice Leblanc, aimait à dire : Je suis la tante d’Arsène Lupin. Le plus ancien de ces dignitaires était l’oncle Alphonse, car entre 41 et 44,  je voyais régulièrement Suzanne Bertillon qui, entre Lyon et Vichy, militait dans la résistance et voyageait beaucoup. Fin 44, je lui demandai un jour : - Qu’est devenu ce jeune homme blond, très myope qui dépensait sans compter ? – C’est précisément ce qui l’a perdu. Ce sont ses dépenses qui ont attiré sur lui l’attention de la Gestapo. Pour le faire parler, ils l’ont désarticulé.
Etant au seuil de ma  dixième décennie, mes oncles, illustres et fictifs, sont entrés dans l’Histoire, avec l’oncle Alphonse. Mais il me reste des sœurs et des frères adoptifs et beaucoup de neveux et de nièces qui, dans l’épreuve présente  dont je me serais bien passé, m’ont téléphoné régulièrement pour me soutenir le moral : les voici dans le désordre de l’affection, Sylvie et Jean Michel qui, dans leur revue Parasciences, ont rendu hommage à ce chercheur d’éternité, Jacqueline et André, Claude (au masculin), Philippe, François B.,  Laetitia et Yann,  Alain et Gisèle, Marta) et Lucia et le groupe de Pise à qui nous devons tant,  Cécile et son  groupe de Nantes, Roseline et Guy, Madeleine Romana et son groupe de Paris, Alfredo et son groupe de Madrid,  Bergen, Pascaline et Christian, Hamdi et Rachid, Yvonne et Germaine qui m’écrit cette chose si vraie et si merveilleuse : la spiritualité, c’est aussi se rendre compte que l’on est entouré d’amitiés  Et toujours Lahcen qui, grâce à sa voiture, a maintenu le contact avec l’hôpital, la clinique, l’appartement de Cergy et le monde extérieur ; Lahcen toujours fidèle à sa promesse : « Je ne te lâcherai pas, Ton Dieu sera mon Dieu et ton pays sera le mien. » Il confirmait ainsi son option pour la France prise à l’âge de seize ans.
 Ce Dieu, que je cherche depuis si longtemps, est le centre de l’Evangile éternel et mondial. Je crus à plusieurs reprises avoir terminé ce texte délicat, une première fois au printemps 2005, une seconde en 2006. Mais il a été retardé par la maladie, puis par l’accident, et cette rééducation qui n’an finit plus. Il ne reste plus, pour sa sortie, dans le meilleur des cas, que février 2007.
Finalement, c’est le 8 février 2007  que se produisit l’heureux évènement, bientôt suivi d’un cruel rappel à l’ordre :  Dans la nuit du 4 avril, fête de l’annonciation (saint Gabriel et sainte Marie) au 5, fête de sainte Irène, monstrueuse criminelle, que l’on n’a pas encore retiré du calendrier, j’ai été réveillé par une douleur féroce dans le pied de la jambe gauche que je croyais guérie, cela se situait à la base du gros orteil. C’était insoutenable, une de ces douleurs à se jeter par la fenêtre. Pour vous en donner une idée, j’ai déjà expérimenté cela sous l’Occupation quant le dentiste, qui n’avait plus d’anesthésique, m’a arraché à vif une grosse molaire.
« Le mal n’a pas de réalité, disent les spiritualistes. La prière et la bénédiction sont les armes les plus puissantes du monde. Le mal et la souffrance n’ont pas de réalité » Je voudrais les y voir. Qu’ils aillent dire cela au jeune homme qui faisait partie du réseau dont m’avait parlé Suzanne Bertillon.
En cette nuit du 4 au 5 avril 2007, ne pouvant plus prier, j’ai crié : Jésus ! Jésus ! Je n’en peux plus ! Assez ! Assez ! Trop c’est trop ! Que cela cesse. Au secours !
Et en effet, le supplice a cessé. Instantanément. J’étais stupéfait, émerveillé, fantastiquement heureux. J’avais vérifié jusque dans mon corps la vérité de cette parole : « Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné le Nom qui est au dessus de tout nom, afin qu’au Nom de Jésus, tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre, et sous la terre (symbole des inferi ou mondes inférieurs) et que tout langue (révélation universelle) confesse que Jésus-Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père (l’Etre suprême)
C’est la troisième fois que cela se produit. Les deux fois précédentes, j’attribuais et j’attribue toujours cette attaque aux mauvais esprits et sa brève durée à l’intervention du Grand Exorciste auquel ils sont soumis. Le Grand Exorciste qui était pour moi également le Maître au sens de Grand Enseignant, Celui à qui j’avais dit en 1937, lors de ma première conversion :
 « A qui d’autre irions-nous qu’à Toi, Tu as les paroles de la vie éternelle et nous avons cru et nous avons su que Tu es le Saint de Dieu. »
Tandis que j’écris cette recension, ma vue se brouille. Je continue.
J’ai oublié les circonstances, par contre je me souviens très bien d’avril-mai 1927, quand le Grand Guérisseur vint me rendre visite et me tendre la main, une main sans stigmates que je pourrais décrire. Tout baignait dans la paix, la douceur, la lumière. Et je fus guéri de cette broncho-pneumonie. Je l’ai déjà dit, page 13, mais je tiens à le répéter.
J’ai trop tendance à oublier ce que je sais.
J’ai été entendu, la douleur a cessé. Je regarde l’heure, il est 3 heures 15. Me souvenant de 6 heures 13 et de Matthieu VI, 13, dont il est question dans Du monde des esprits, j’ai l’idée de regarder ce que dit Jean III, 15 : « Dieu a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. »
La vue est redevenue normale. Il est neuf heures pile. Il faut que j’aie terminé avant la venue de Lahcen qui, grâce à Dieu, a réussi à me maintenir en vie jusqu’à ce 6 avril 2006.

Si le caractère divin de Jésus ne fait plus de difficulté pour moi, puisqu’il a bien voulu répondre à mon appel, le péché originel dont il n’a jamais parlé, le péché originel dont Romana m’a rebattu les oreilles, demeure la propriété du Prince des théologiens. J’ai nommé saint Paul.
Ces temps derniers, j’ai fait auprès de mes amis, l’enquête suivante : « Au moment suprême, dans les dernières secondes avant le crash inéluctable de l’avion, qui invoquez-vous ? »
Voici les réponses dans l’ordre chronologique d’arrivée : Dieu, Maman, Jéhovah, la sainte Vierge, saint Joseph, la petite Thérèse, le Seigneur Jésus, mon saint patron, saint François d’Assise, le seigneur Bouddha, Jean-Paul II.
Personne n’a pensé à la Trinité. On pourrait m’objecter à moi, Jean Prieur, que dans ma détresse, je n’ai songé ni à Mahomet, ni à Pythagore, ni à Zarathoustra. Je n’ai appelé au secours aucun des héros de mon Evangile éternel. Aucun d’eux n’était opérationnel. Aucun n’a reçu la puissances de Jésus. C’est stupéfiant, mais c’est comme ça. Et la Trinité demeure l’obstacle.
Or, en ce Vendredi-Saint 2007, m’arrive, envoyé par une fervente de la Trinité, le livre de François-Xavier Durrell, Christ notre Pâque.
Dans son Avant-Propos, le religieux rédemptoriste, dit ceci qui me va droit au cœur : « Je suis né dans une région où, au contraire du reste de la France, le vendredi saint est jour férié. Le matin, les cloches des églises protestantes, se mettent en branle, la sainte cène est célébrée, la mort du Seigneur est annoncée, la rémission des péchés est proclamée. Les cloches des églises catholiques attendent, silencieuses, qu’éclate la joie du Gloria in excelsis de la vigile pascale. Cette région œcuménique est l’Alsace, la petite ville dont le Père Durrel se réclame est Soultz (Haut Rhin), dont ma grand-mère Fanny Trautmann était originaire. La sainte femme avait opté pour la France en 1871. Elle était partie pour Montbéliard, avec sa bible de Luther, et sa dot en pièces d’or dans son baluchon. Elle épousa un veuf, Auguste Canel, mon grand-père, et ne s’éteignit qu’en 1917 après m’avoir embrassé.
« Deux théologies sont proclamées par-dessus les toits de la ville, celle du salut acquis au prix de la mort du Christ, puis celle du salut réalisé dans le Christ en sa mort et sa résurrection. »
Le père Durrell distingue la théologie juridique et la théologie du mystère pascal. Chacune a sa propre image de Dieu. Dans la première, Il est avant tout préoccupé de ses droits ; Il pardonne après réparation de l’offense. Jésus a payé pour l’humanité pécheresse, il est devenu comme le péché incarné, il a attiré sur lui la colère de Dieu. Il est devenu en Jean I, 29, l’Agneau qui porte le péché du monde. De nouveau une traduction fautive alors qu’il faudrait comprendre qui enlève le péché du monde, ce qui est exactement le contraire.
La théologie juridique du rachat-rédemption a pesé tragiquement sur le bimillénaire chrétien.
L’homme a péché envers Dieu. Il a accumulé une telle masse de fautes que toutes ses œuvres sont insuffisantes pour rembourser sa dette colossale. D’où la nécessité du Dieu fait homme, de l’Incarnation et de la Rédemption, mot qui justement signifie rachat. Pour cette opération, il faut être deux, un acheteur et un vendeur. Le vendeur fut Satan et Dieu fut l’acheteur ; ce qui mettait les deux partenaires sur pied d’égalité. On est en plein manichéisme. Et quand on voit ce qui se passe dans le monde, on a l’impression que l’acheteur s’est fait rouler, que le contrat n’est pas rempli, que le sang du Christ n’est pas efficace et que les chrétiens continuent à subir les effets du péché originel. Ces chrétiens, soi-disant libérés par le baptême continuent à subir la peine du travail, la peine de la souffrance, la peine de la mort. Et la Terre est toujours le royaume de Satan.
C’est aujourd’hui Vendredi-Saint. Je suis heureux.
C’est aujourd’hui un glorious day.
La paix s’est faite en moi grâce à Christ notre Pâque.
Ce livre salutaire n’accorde pas au péché, originel ou non, cette place excessive et à Satan ce rôle exorbitant et proprement scandaleux.
Tout cela, je le sentais confusément. Je m’imaginais que j’étais le seul à réaliser que l’identification totale de Jésus au Père universel rend incompréhensibles la prière, la tentation, l’adoration, la mort et la résurrection. Incompréhensible aussi la rédemption même baroud.
« Or, me dit Romana, poussée dans les derniers retranchements de son baroud d’honneur, c’est justement là le péché suprême : vouloir comprendre. »
- En ce cas, ma chérie, qu’est-ce qu’un Dieu que la raison humaine puisse tenir en échec ?

Désormais, si j’ai un doute concernant une doctrine ou une décision à prendre, je la soumets à ce triple critérium (encore une histoire de Trinité.) :
- Est-elle conforme à la raison ?
- Est-elle conforme à la justice ?
- Est-elle conforme à l’amour ?
 

 

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francine de martinoir 14/08/2007 13:41

Cher Ami, je n\\\'avais plus de vos nouvelles depuis longtemps! j\\\'avais essayé de vous appeler . En vain. J\\\'apprends sur votre site que je viens de découvrir que vous avez été victime d\\\'un accident l\\\'an dernier au Métro RER!!! J\\\'espère que vous allez mieux, donnez-moi de vos nouvelles,je vous prie.
   Amitiés . à bientôt, j\\\'espère.
   Francine de Martinoir   49 rue Lamarck   Paris 75018
   01 42 54 81 40   ou bien 0619055413

andrée 23/07/2007 17:34

je pense régulièrement à vous... et vois que vous êtes toujours en chemin. Beaucoup de joie avec tous vos proches

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